Sur une toile blanche, quelques points d'une broderie inachevée. Çà et là, des bouts de fils bleus et jaunes. Étourdis par le vent. Dans tes jumelles, du tulle, tant de rubans. Des corps tournoyant, la pointe du pied pour seul pivot. La rivière, soir d'août. Le ballet de patineurs aux piqués de ciel.
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vendredi 15 mai 2009
dimanche 11 janvier 2009
Tracés
Je colle ton corps contre mon cœur. Sur un mur bleu, ta silhouette. Je te trace jaune, un bout de craie. Je souffle sur toi. Ne t'envoles pas. Contre ton coeur, j'ai vu le jour, s'éteindre là-bas, si près de toi. Puis sur la rue, dans un grand vent, ton soleil vert, s'éparpiller. Au parc, ce soir, des arbres sans feuilles. Et toutes ces branches, piquées d'étoiles. Pour toi, pour moi, la patinoire, mes patins bleus, nos élans blancs. Main dans la main, quelques tracés, et tout un ciel pour dessiner.
lundi 29 décembre 2008
Les oiseaux
Au jardin
quelques miettes
la neige
les brindilles
le murmure
du grand chêne
s'étirant
dans le froid
Sur le bleu
un rêve blanc
à portée
de paysage
La mangeoire
n'abrite plus
le chant
des oiseaux
quelques miettes
la neige
les brindilles
le murmure
du grand chêne
s'étirant
dans le froid
Sur le bleu
un rêve blanc
à portée
de paysage
La mangeoire
n'abrite plus
le chant
des oiseaux
mercredi 10 décembre 2008
mardi 9 décembre 2008
toile d'hiver
Alors que par la fenêtre, les blancs de l'hiver recouvraient le paysage, elle avait sorti de ses boîtes, de ses carnets, tous ses mots, tous ses traits, les avait étalés, papiers épars, sur le plancher.Il lui fallait retravailler les bleus, les noirs, toucher de nouveau ses traces sur le blanc, avant qu'elles ne soient recouvertes elles-aussi.
Elle avait noué, un à un, de petits bouts de laine trouvés au fond d'un grand tiroir. En avait accroché une extrémité, puis l'autre, au cadre de la fenêtre.
Dehors, le paysage, déjà, n'était plus le même, toile de fond.
Sous la table, les chatons avaient trouvé quelques bouts de laine oubliés et trottinaient, trésors en bouche.
Ses épingles à la main, elle s'était mise à la tâche, superposant ses paysages à la toile, ballet blanc.
Bientôt, ses mots bleus, ses traits noirs, tatoueraient les aplats du dehors, animeraient l'hiver de ses traces, de ses pas.
dimanche 7 décembre 2008
samedi 6 décembre 2008
les brindilles
Le printemps, puis l'été, reviendraient peut-être. Il suffisait d'y croire, de voir en la lumière l'augure de jours plus jaunes après les blancs de l'hiver. Elle avait conservé chez elle quelques brindilles bien sèches qu'elle tresserait en attendant le retour des matins mauves. Elle y glisserait de petits morceaux de tissus colorés, ceux de ses robes et de ses nappes, capturant ainsi entre les brins tous ses manques à voir, à toucher, à sentir, de la couleur subtile du vent de mai aux épis rougis par le soleil, soir d'août. Tout l'hiver, elle lisserait puis tirerait puis croiserait puis serrerait ses brindilles les unes contre les autres, y entortillerait ses petits bouts de printemps, puis d'été, jusqu'à ce que tout y soit, jusqu'à ce qu'il n'y manque plus rien. Alors, il ne resterait plus qu'à les accrocher, lourdes de leurs saisons, aux poutres du balcon pour que le vent froid les caressant, s'y réchauffe, étonné.vendredi 5 décembre 2008
jeudi 4 décembre 2008
Brunante
Tu tournoierais dans la brunante, striant le ciel de rainures d'or, tu tournoierais sans t'arrêter, yeux clos, lèvres scellées, tu tournoierais pour tous les autres, corps hélice, bras ailés, tu tournoierais à perte de sens, souffle court, cœur silence, tournoierais jusqu'à la fin, pour que le monde, tout autour, tournoierais jusqu'à la fin, pour qu'étourdis tombent les jours.mercredi 3 décembre 2008
mercredi 19 novembre 2008
Partir 2
Elle partirait. Pour son île. Demain, tantôt peut-être. Elle partirait. Avalerait des kilomètres de route et de route, traverserait les montagnes et les rivières et les plaines, roulerait jour et nuit, pour y être. Pour y être. Elle partirait. Retrouverait la mer et son quai et ses rochers. Malgré le vent, malgré l'automne. Elle partirait. Puis il n'y aurait plus qu'elle, plus qu'elle et le ciel, et le sable, et les grands arbres. Plus qu'elle et ses toiles et sa fougue, et sa tempête. Elle partirait. Noierait son regard dans les bleus et les verts et les gris de ses bocaux. Y diluerait sa peine comme on trempe un pinceau.lundi 17 novembre 2008
Murmures
À chaque fois, c'était la même histoire. Sur la rue, malgré le froid, les colis, les passants, elle figeait devant la vitrine. C'était l'atelier. L'atelier d'Emmanuelle. Un petit coin de rêve où ça sentait bon la terre cuite, où les couleurs se faisaient murmure. Du trottoir, elle ne pouvait quitter des yeux toutes ces tasses, tous ces pots, tendait la main malgré la vitre, comme pour toucher leurs motifs, saisir une part de leurs courbes. Du brun, du bleu, du vert. Elle aurait aimé entrer et porter l'un des morceaux à son oreille. Y capter le souffle de la terre.dimanche 16 novembre 2008
Estompes
Les matins d'atelier lui manquaient. C'était l'omniprésence de la musique peut-être, ou le plaisir de tacher ses doigts. Et il y avait sa main tremblante, ces courbes, si vraies, là, devant, cette réalité soudaine du trait, plus vibrant, lorsque le modèle la regardait. Elle aimait travailler les corps, les effleurer d'abord, puis les modeler d'ombre et de lumière. D'une touche à l'autre, les pastels, sur ses doigts, puis sur son front, puis sur ses joues, la coloraient un peu de cette chair à saisir.samedi 15 novembre 2008
Partir 1
Il était parti. Sans un mot, sans un bruit.Avait ouvert l'œil, sorti un pied, enfilé ses bas, refermé les yeux, pincé les lèvres, respiré, longuement.
Il était parti. Corps vide, regard lourd.
Mis une chemise, un pantalon, senti la lettre, dans sa poche, serré les dents, le souffle court.
Il était parti. La lettre avec lui.
Quelques trucs, un sac, ses clefs, son portable, la porte, le couloir, ses pas, le dehors.
Il était parti.
Derrière ses pas, le couloir, la porte, ses gestes, il ne savait pas, ne saurait plus.
vendredi 14 novembre 2008
La fête

Il y aurait une grande fête dans le jardin. Avec des fleurs, des lanternes, et des gâteaux glacés. Elle pourrait boire dans une flûte ce liquide sucré qu'elle aimait tant, celui avec les petites bulles. Au coucher du soleil, elle fermerait les yeux puis les réouvrirait très vite pour surprendre au ciel tout ce rose et ce orange et ce mauve. Tout autour, ils allumeraient les chandelles à la citronnelle qu'elle aurait insérées dans des bocaux multicolores et laisseraient ces fleurs étranges se mouvoir dans la nuit. Elle resterait sous les étoiles jusqu'à ce qu'elles s'éteignent et que le jardin, une à une, retrouve ses couleurs.
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